5:52 pm - Wednesday February 22, 2012

Créole et Kreyòl : Pas la Même Différence

Le Créole que nous de la jeunesse estudiantine parlons diffère du Créole que nos parents utilisent et il en diffère d’avantage du celui avec lequel nos grands-parents négociaient leurs activités routinières. Et à chaque génération qui vient, ce Kreyòl se transforme en Créole et plus près une génération a été de 1804, Kreyòl a été Kreyòl.

“Les Haïtiens sont des Français égarés sur le sol d’Haïti”. Nous citons cette phrase pour une certaine raison. Nous avions appris que l’intelligence ne se montre pas par la vitesse dont nous pouvons ajouter des numéros de Mathématiques, de Physique, ou de Chimie mais par notre aisance d’adopter la langue (française) pour expliquer les formules de ces sciences exactes.

Les séquelles de notre éducation pointent du doigt le fait que les notions apprises dans toutes les matières ont été produites en français (Littérature (haïtienne –française), Sciences Sociales, Chimie etc.). Le problème n’est pas le fait que nous ayons été enseignés en Français mais plutôt que cette éducation produite dans une langue étrangère, part, dès son début, en guerre contre notre langue maternelle qui se verra obliger de naturaliser des mots de la langue conquérante.

Ainsi donc, avions-nous appris nous à juger nos éducateurs par leur maîtrise de la langue française et à négliger, quelque peu, leur production intellectuelle. Nous nous souvenons longtemps âpres de ceux-là qui maitrisaient presque tous les mots de Petit Larousse; des mots qu’ils semaient dès qu’ils rentraient dans les salles de classe et nous émouvaient tous avec leur diction.

Et le résultat est décevant, comme longtemps déjà Fréderic Marcelin l’avait fait remarquer, l’éducation à la française est chargée de lacunes… elle ne permet pas aux étudiants d’avoir des initiatives humaines, ils sont des brevetés. Ce qui rend certainement, l’avenir des étudiants confus. Souvent ils manifestent le complexe du refus de parler le Kreyòl. Ils ont appris à tourner leur langue sept fois dans leur bouche avant de se prononcer. Ces étudiants qui se verront refuser de parler le Kreyòl dans l’enceinte même des institutions d’Etat et pour ne pas aussi être la risée de ceux-là qui les verraient comme des ignorants dans la langue de Molière.

C’est de part cette situation que le français a envahi le Créole haïtien (notre langue maternelle) pour laisser imprégner des segments d’une langue qui a domine depuis des siècles notre formation intellectuelle.

Qui de nous, sans se voir regarder de travers, pourrait délibérément dire à une personne, qui qu’elle serait, “Ale lave bòbòt ou? Aucun ! Nos enseignants, par mesure d’une certaine civilité, nous ont appris que les mots koko, zozo, konyen, etc” sont des mots sottises que nous devons éviter de prononcer, et vite, ils seront remplacés par des mots français. Sûr, vous direz que la meilleure façon de dire le mot « Konyen » serait « Fè bagay » Toutefois, pensez-vous que la traduction française « faire l’amour » fait vraie justice à cette action. Serait donc qualifié de brute, de pervert, ou de dévergondé quiconque oserait emprunter ces mots ou ce genre de langage. Et pour rendre matières pires, nous prenons l’habitude de franciser les mots créoles.

Certains écriront “Al fermer porte la” au lieu de “Ale fèmen pòt la.” Ce qui montre que L’Haïtien éduqué parle et écrit le Kreyòl en Créole (francais) parce qu’il ne pense qu’en Français (langue de sa formation) et nos grands-parents et notre pays en souffrent du reflet de cette renaissance qui passe pour un élément de modernisation linguistique (chez nous).

La raison de ces commentaires est pour l’intérêt de promouvoir le Kreyòl au delà des frontières nationales en préservant nos acquis culturels. Il nous faut à priori établir une différence entre ce qui fait l’originalité de notre langue et ce que nous avons hérité des anciens colons.

Et notre rêve de Kreyòl se réalisera sans nous isoler du reste du monde qui veut jusqu’à présent maintenir une façon détournée de rester en contact avec nous, en accusant notre langue. Il nous faut les dire et à n’importe qui qui veut nous entendre que le Kreyòl n’est pas le Français et que notre langue est codifiée, regularisée, et grammatisée toutes comme les autres langues vivantes.

A bon entendeur; salut!!!

Bobb Q Rousseau pour Page One Magazine

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