5:48 pm - Wednesday February 22, 2012

La Presse Haitienne

Dans un Pays véritablement démocratique, la Presse est considérée comme un quatrième pouvoir, en ce sens qu’elle détient le pouvoir de l’information.

Ce pouvoir de la Presse parait encore plus prestigieux lorsqu’elle s’informe sur les actes et le fonctionnement des autres pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) pour les diffuser librement mais en toute vérité conformément à l’article premier de la Charte de Munich(ou déclaration des devoirs et des droits des Journalistes) signée à Munich le 24 novembre 1971.

Toute tentative gouvernementale ou autoritaire pour museler la Presse est arbitraire et ne vise qu’à aveugler, assourdir et museler tout Peuple qui évolue dans un climat démocratique.

Nous tenons à honorer le courage professionnel de nos célèbres Journalistes qui, pendant des années, ont combattu l’autoritarisme jusqu’à pouvoir contribuer pendant ces vingt-cinq(25) dernières années à la naissance de l’idée démocratique en Haïti.

Nul ne conteste que nos brillants journalistes comme par exemple Nancy Rock, Marie Lucie Bonhomme, Wendel Théodore, Valery Numa, et l’illustre politologue Daly Valet soient des icônes de la Presse Haïtienne et méritent toute l’estime du Peuple Haïtien.

Mais nous voulons rappeler à tous nos Journalistes en général qu’Antênor Firmin et Jacques Roumain étaient eux aussi Journalistes, mais nationalistes avant tout.

La Presse Haitienne doit se garder de commettre les mêmes erreurs que nos constituants imprévoyants qui nous établissent une constitution plus vindicative que progressive, nos politiciens et les régimes post-duvaliéristes qui, se mobilisant uniquement à combattre le retour de la dictature, méprisent les intérêts et le bonheur du Peuple Haïtien.

Ce n’est pas parce que cette démocratie haïtienne défend le principe de la liberté de la Presse que celle-ci doit hésiter à mettre en cause sa nature démagogique qui est génératrice de cette dérégulation sociale et cet appauvrissement galopant du Peuple Haïtien.

Nous sommes convenus que la liberté de la Presse est démocratique, mais nos journalistes doivent se rappeler que la démocratie et le bien-être d’une Nation ne se réduisent pas à la seule liberté de la Presse.

La Presse Haïtienne actuelle ne doit pas centraliser l’information journalistique sur les activites et les agissements gouvernementaux juste pour tuer tout processus de germination dictatoriale, mais aussi elle doit produire constamment des reportages sur la vie dans les quartiers populaires, la condition de vie déplorable de nos Paysans, le phénomène de la bidonvilisation, la rue qui n’est plus le salon du Peuple, l’adoquinage ou le bétonnage qui remplacent l’asphaltage dans un 21e siècle avancé , nos institutions qui sont des abris pour les inculpés et les bandits, les hémorragies de nos valeurs, l’ascension du pouvoir de l’ignorance dans notre société, la désorganisation du transport national et ,en général, l’importante menace qui pèse sur l’avenir de la dignité du Peuple Haïtien.

Pourquoi notre démocratie est plus dévastatrice que constructive ? Pourquoi cette démocratie fait-elle le bonheur de nos politiciens mais le malheur du Peuple Haïtien ? Pourquoi, avec notre démocratie, le contrôle social échappe-t-il à la maitrise gouvernementale ? Pourquoi dans notre démocratie la liberté est-elle synonyme de dévergondage ? Comment se fait-il que la faim, la richesse insuffisante ou spontanée et la poursuite judiciaire soient les principales causes qui motivent un citoyen haitien à se porter candidat ? Pourquoi chaque année Haïti est toujours classé parmi les pays les plus corrompus de la planète, mais jamais un politicien n’a été et n’est encore jugé pour corruption ? Pourquoi la principale stratégie d’un citoyen qui fait face au chômage est de monter son parti politique ? Pourquoi, pendant vingt-cinq ans de règne, notre démocratie n’arrive-t-elle pas à poser les fondements d’un avenir assuré ?
Telles sont les questions qui doivent être tout aussi soulevées par notre Presse, surtout la Presse critique.

Nous croyons qu’il est de notre devoir, en tant que jeune, de lutter pour la promotion de l’information et l’amélioration des conditions de la Presse Haïtienne.

Mais nous savons aussi qu’il est dépersonnalisant qu’un Journaliste soit réduit au silence ou au mensonge pour ne pas être jeté dans le pénitencier du chômage.

Nous devons respecter et protéger les droits de la Presse qui elle-même doit toujours exercer sa fonction conformément à son professionnalisme.

Que la Presse Haïtienne s’éloigne du fatalisme des politiciens rétrogrades, et soit le Phare de ce petit Peuple qui cherche sa destinée dans l’immense obscurité de la désespérance.

Richard Ambroise

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