5:50 pm - Wednesday February 22, 2012

Un coup d’oeil sur le rara haïtien

Haïti: La série de conférences-spectacles organisée par le Bureau national d’Ethnologie sur les rythmes et les danses raras semble atteindre le week-end écoulé, avec ce conte-rendu de Luc Bonaventure sur son observation du phénomène dans 4 villes du pays – dont Léogane et Port-au-Prince – pour la semaine sainte et la pâque, son pic de popularité. Etudiants, professeurs, musiciens ont répondu avec enthousiasme à ce rendez-vous qui a allumé un bon projecteur sur le travail de la troupe de danse du Théâtre national et laisse apprécier la qualité du travail de recherche d’un universitaire sur un phénomène culturel multidimensionnel qui n’a pas cessé d’attirer des regards haïtiens et étrangers.

En guise d’introduction à son compte-rendu, Luc Bonaventure, s’appuyant sur les écrits de certains chercheurs, a fait un coup d’oeil panoramique sur la définition du rara et son origine. « Le rara est un phénomène culturel qui vise à créer de la distraction principalement dans les milieux ruraux. Il s’ouvre le mercredi des cendres pour se refermer le lundi ou le mardi qui suit la pâque ». D’après Monsieur Bonaventure ses origines varient selon des auteurs. Il est pour Harold Courlander, Moreau de Saint- Méry et Jean-Baptiste Romain, d’origine africaine. Les africains de St-Domingue, selon le point de vue de ces auteurs, avaient conservé les chants, les danses et les rythmes traditionnels.

Pour Jean Coulanges, cité par monsieur Bonaventure, le rara est un héritage des Tainos qui habitèrent l’ile avant la colonisation. Dans une entrevue qu’il a accordée en mai 2008, l’anthropologue Jean Coulanges a affirmé que le rara est lié à l’équinoxe de printemps, jour consacré par les mayas à la nature. Les traces des majors joncs se retrouvent chez les mayas notamment à Yucatan au Mexique. Emmanuel C. Paul dans Panorama du folklore haïtien argumente que le rara est d’origine coloniale. Il était permis aux esclaves, d’après l’auteur, de chanter, de danser à la fin de la semaine qui suit le carnaval de leurs maitres et les trois derniers jours de la semaine sainte. Ces points de vue de ces différents auteurs, d’après le conférencier, loin d’entrer en contradiction se complètent.

Monsieur Luc Bonaventure soutient que la rara a connu au fil du temps une nette évolution. A ses débuts, il a était appelé Chayopye A cette époque, les pieds et la bouche furent les instruments sonores utilisés pour créer l’ambiance. Ensuite, on y intègre des instruments traditionnels (le tambour, la cymbale, le gong et d’autres instruments à vents étrangers (comme le saxophone, le trombone, le baryton et l’hélicon). Le rara ne se conçoit pas en dehors de son aspect religieux, a constaté monsieur Bonaventure. Avant de sortir, la bande de rara procède à des cérémonies de ”liminasyon” et de ”fwote beny” qui lui donnent son sens. Ces rituels, variées suivant les régions, vise à protéger la bande contre toute tentative d’expédition de mauvais esprits qui pourrait lui venir de ses adversaires. Elles sont organisées soit par des houngans soit par des ounsi. Ce constat porte Luc Bonaventure à conclure que le rara est lié au vaudou.

Jean Joseph Wilfrid Lavaud, de son coté, a abordé l’aspect typiquement musical de ce phénomène culturel. Monsieur Lavaud affirme que la musique traditionnelle haïtienne porte l’empreinte des peuples qui vécurent sur l’ile avant la colonisation. Le rara en est un exemple vivant. Les instruments traditionnels qui y sont utilisés (tambour, bambou, sifflet, fwèt kach, clairon, kone, etc.) sont des preuves matérielles de cet héritage. Aujourd’hui, le rara a intégré dans son orchestration d’autres instruments occidentaux, le bass-drum par exemple pour marquer le rythme, le tamtam et tant d’autres. L’intervention de Jean Joseph Wilfrid Lavaud a été illustrée par le groupe rara Vodoula qui, au terme de sa prestation, a invité les spectateurs à la danse. Même la directrice du Bureau national d’Ethologie, le Dr Suze Mathieu n’a pas pu résister à l’envie de gravir la scène. Sixième journée réussie, dirait-on. Le rendez-vous est probablement fixé à la quinzaine, soit le 13 mai prochain.

Nélio Joseph

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